Jules CAYLA dit "Le Rapin" (1852 - 1925)

   Joseph, Michel, Jules CAYLA, né le 19 mars 1852 à Lunas, est le fils de Pierre Cayla et de Marie Vailhé. Dans le recensement de 1851, on apprend que la famille CAYLA habite la Grand’Route et tient une menuiserie employant 3 ouvriers. (Pierre CAYLA, qui se fait appeler Jules, a pris la succession de son père Étienne décédé en 1848).

   Les CAYLA durent quitter le village car ils ne figurent plus dans les recensements postérieurs à 1866.

   Jules CAYLA garde des attaches dans la commune et y revient comme l’indique la mention Lunas portée en signature sur certaines toiles. Une correspondance de 1879 avec Mathieu CIFFRE, à propos de la modernisation du moulin à huile, prouve qu’à cette date Jules CAYLA séjourne à Montpellier, mais il est impossible de savoir s’il s’agit du père ou du fils qui s’attribuent tous deux le même prénom...

   Les seules informations trouvées sur l’artiste, figurent dans le tome 2 du Dictionnaire général des Artistes de l’École Française de Bellier de la Chavignerie et Auvray (1885), page 127 :

    CAYLA Jules, Joseph, peintre né à Lunas (Hérault) élève de M. E. MICHEL. On y apprend également qu'il exposa à Paris aux Salons de 1878 : Vue de l’étang de Laïrolles (Hérault), et de 1880 : Les bords de la Bièvre à la Glacière.

   Ernest MICHEL (1833 - 1902) né à Montpellier , élève de Charles MATET puis de l'école des beaux-arts de Paris, obtient en 1860 un second prix de Rome et 10 ans plus tard un premier prix de Rome. En 1871 il revient dans sa ville natale. Il devient conservateur du musée Fabre.

   C'est un article paru dans la presse méridionale du 30 juin 1936 qui apporte quelques éléments sur la biographie de Jules CAYLA. Cet article fut écrit à l'occasion d'une exposition rétrospective de son œuvre, organisée à Montpellier.  L'auteur de ce texte et du dessin est Albert ELOY-VINCENT.

 De son véritable nom Louis VINCENT-ELOI (1868-1946), après des études à l'école des Beaux-Arts de Montpellier, il part à Paris comme journaliste parlementaire. Il laissera de nombreux dessins et caricatures d'hommes politiques de l'époque. En 1917 il devient directeur de l'école des Beaux-Arts de Nîmes, puis conservateur du musée des Beaux-Arts et président des Amis des Arts. 

                                                                                             " Une figure, une époque (rubrique : variétés)

  
On aurait fait rire le Rapin, si on lui avait prédit qu’un peu plus de vingt ans après sa mort quelques amis pourvus d’une bonne mémoire organiseraient une exposition rétrospective de ses œuvres. On aurait fait rire et pleurer aussi à la réflexion.
   Mais d’abord qui est-ce ? Il est bon de dire, car ceux qui l’ont connu ne se souviennent de lui qu’aux moments où leur jeunesse remonte du fond de la pensée ; les hommes au bon de l’âge n’ont écouté que d’une oreille distraite ce qu’on en leur a dit. Les jeunes ont trop à se soucier d’eux-mêmes pour s’occuper de rétroactivités.
   Le Rapin, Cayla de son vrai nom, personnifie l’insouciance et la gaité montpelliéraines pendant les vingt dernières années de l’autre siècle. C’est un titre à survie qui en vaut un autre.
   Or, la nouvelle qu’on mettait sous les yeux du public quelques-unes de ses peintures sauvées de maints naufrages, j’ai été à la fois heureux et stupéfait. D’ordinaire on ne ressuscite ainsi que certains oubliés qui furent officiellement consacrés en leur temps. Il y a toujours quelque avantage honorifique à prendre ce soin. Mais, le Rapin… !
   Etait-il vraiment peintre ? Oui, il l’était vraiment. L’a-t-il prouvé ? Oui quelquefois, lorsque les nécessités de la vie matérielle ou les exigences d’une autre encline aux fantaisies nocturnes et diurnes lui en laissaient le loisir.
   Jeune il était emporté par le besoin de peindre les sites de ce coin de terre méridionale qu’il n’a jamais quitté, l’éblouissement d’un mas au soleil, les trois lignes prodigieuses que forment à notre horizon la mer, les étangs et les sables, les cabanes de paille des douaniers et des pêcheurs au bord des vagues mourantes. Un sort favorable a voulu qu’il parvint quelquefois à installer son chevalet devant ces spectacles. S’il se trouvait sur la route à l’aller, un ost d’escholiers parlant de bière fraîche, c’en était fait de l’étude projetée. Les tables de nos anciennes brasseries, les casseroles en forme de piano des établissements de plaisir, substituèrent leur agrément poisseux à des centaines d’excellents tableaux qu’il aurait pu brosser. Car le Rapin fut l’un des beaux tempéraments de peintres que j’ai connus. De plus, par une sorte de miracle, il avait d’instinct débarrassé sa palette des jus bitumineux encore en honneur au temps de sa jeunesse.
Dès la maturité il ne pouvait plus être question pour lui d’énergique et patient effort devant la splendeur de nos garrigues et de notre mer. Il fallait peindre non pour la joie, mais pour manger : un petit panneau pour un déjeuner. Il fallait brosser « de chic » dans un atelier de fortune - ironie des termes - des sous-bois, des couchers de soleil, des levers de lune, le bric-à-brac des sujets convenus. Il fallait décorer des murs de cafés, travail payé en nature plus souvent qu’en numéraire, ce qui loin d’arranger les choses, les dérangeait davantage.
   Et c’est ainsi que ce peintre de race, offrant à la vie une stature et un visage de "Porthos" jetant aux quatre coins du Clapas les éclats d’un rire pantagruélique, s’est acheminé, les poches vides et l’estomac parfois grondant, vers la mort qui survint en 1925.
   Rien de ce qu’il aimait n’était demeuré intact autour de lui, les façades des maisons, les habitudes scolaires, la bonhomie des existences en plein air, les bords de la mer même… Et dessus tout, les cafés. Il ne lui restait rien que le droit de ressasser car sa fougue de peintre était éteinte depuis beau temps.
   J’ai vu qu’on a pu rassembler de ses peintures. Quelques-unes sont marquées de la forte patte dont j’ai parlé. On y voit non seulement ce qu’il était au moment même, mais ce qu’il aurait pu devenir. Les noms de leurs possesseurs sont une évocation du Montpellier de jadis. Tous me sont familiers, quant aux peintures je les avais vu faire.
   Sur une table, en avant des toiles, on a placé une photographie de lui faite peu de temps avant sa mort par le photographe Cellarié. Tout le tourment d’une vie s’y lit dans le fléchissement des traits autour d’une robuste charpente. Dans les yeux une flamme encore, mais cette fois de reproche au destin. Je compare cette image à celle que j’ai crayonnée au temps encore propice à quelques sentiments d’espoir. «Paouré Rapinas, quoù t’a vis et quoù t’a revis ! ».
   Messieurs les conservateurs de notre petite histoire locale, félibres et « dissatiès » trouvez une place dans un coin de notre musée pour une des bonnes peintures de Cayla. Le Rapin mérite un instant de laisser dans les mémoires montpelliéraines d’autres traces que souvenirs de beuveries équipes entre deux accès de révolte contre soi-même."

 Autre document, ce poème en occitan signé " F.D." accompagné d'un portrait de Jules CAYLA vieillissant :

LOU PINTRE CAYLA


Dau Larzac à la mar retrases la Campagna,
La Boria e lou troupèl, la vigna e lou maset…
Toun pincèl sap plombà l’aiga morta qu’estagna,
Ounte dourmis la fouca e jaunis lou raulet.
 
Brosses milhou que ges l’apalus, la mountagna,
Cayla qu’as per pairis Diogèna e Courbet
Mès qu’auriès degut naisse autres cops en Espagna
Entre aqueles signous qu’afeciouna Roybet.
 
Auriès cantat l’aubada à mila senoritas,
Begut de vis de fioc, fumat de papelitas
E ramenat la joia au triste Escurial.
 
Car amai sajes prene un èr serious e grave
Amai qu’ajes la barba e lous iols d’un Burgrave
Siès un bougre d’artista e galoi e rouial !

 
                                               F.D.

LE PEINTRE CAYLA


Du Larzac à la mer tu peins la campagne,
La ferme et le troupeau, la vigne et le petit mas …
Ton pinceau sait rendre l’évidence à l’eau morte qui stagne,
Où dort la foulque et où jaunit le roseau.

Tu peins à grands traits mieux que personne le marais, la montagne,
Cayla qui as pour parrains Diogéne et Courbet
Mais tu aurais dû naître autrefois en Espagne
Entre ces seigneurs que Roybet affectionnait.

Tu aurais chanté l’aubade à mille jeunes filles,
Bu du vin de feu, fumé des papelitas
En ramenant la joie au triste Escurial.

Car même si tu as pris un air sérieux et grave
Même si tu as la barbe et les yeux d’un Burgrave
Tu es un bougre d’artiste à la fois grivois et royal.

                                                F.D.

 

Toiles de Jules CAYLA conservées dans des collections privées

Toiles de Jules CAYLA conservées dans des musées... cliquez

Toiles de Jules CAYLA rencontrées sur internet... cliquez

 Nous remercions les personnes qui nous ont aidés à réaliser ces pages :  mesdames E.Couderq-Dreyfuss et MT. Marc pour les documents mis à disposition, monsieur Paul Ollier pour la traduction du texte occitan  et  les propriétaires des toiles.

 (Jeannine & Lucien OSOUF décembre 2012, mise à jour octobre 2016)

Figures lunassiennes