L'école primaire à CAUNAS

   J’ai beau fouiller au plus profond de ma mémoire, je ne trouve aucun souvenir des premières années d’école passées avec Madame Delmas comme institutrice en fin de carrière. Ma mémoire se réveille dès que j’évoque sa remplaçante Madame Molina. Brune, les yeux noirs, le geste vif, elle nous bousculait souvent prétextant nos réactions trop lentes et le retard pris sur le programme. Ce programme dont elle parlait était pour nous du chinois car nous n’avions aucune idée de ce que nous aurions dû apprendre ou savoir. Le fait est, que pour rattraper ce prétendu retard, elle a fait redoubler toute l’école. Voilà comment j’ai perdu un an dans mes études qui démarraient.

   Comme j’apprenais assez vite, je ne travaillais pas beaucoup et il m’arrivait souvent de lever le doigt, pour signifier à la maîtresse que je connaissais la réponse à la question qu’elle venait de poser. C’est comme cela qu’un jour où nous apprenions à lire l’heure, et après plusieurs réponses justes de ma part, elle a rejeté l'une de mes interventions en la qualifiant de fausse, alors que j’étais sûr d’avoir raison.

    Cette injustice m’a contrarié et le malaise s’est amplifié avec le problème du trou qu’on rebouche. Je m’explique. L’énoncé du problème que nous devions résoudre était le suivant : vous creusez un trou dans le sol et vous conservez la terre extraite. Vous rebouchez le trou avec la terre extraite. Avez-vous trop ou pas assez de terre pour reboucher ce trou ? Pour avoir à plusieurs reprises réalisé concrètement cet exercice, j’ai répondu sans aucune hésitation : « Pas assez ». Pour Madame Molina la bonne réponse était : "Trop". Cette deuxième injustice, pour moi, c’était trop. A partir de ce moment-là je n’ai plus levé le doigt, je n’ai plus répondu qu’aux questions qui m’étaient personnellement posées.

   Heureusement d’autres souvenirs sont plus gais comme la pièce de théâtre que nous avons jouée devant tout le village rassemblé dans la salle de classe à l’occasion d’un loto au profit de l’école. Si j’ai oublié le nom et l’histoire de la pièce, je me souviens que je jouais le rôle d’un juge qui disait : « La cour » au début de la représentation, tout de suite après les 3 coups. Sachant que je savais un peu jouer de l’harmonica, l’institutrice a modifié la fin de la pièce et c’est ainsi que le rideau est tombé après une interprétation des « Lavandières du Portugal ». J’ai toujours été impressionné par le talent de cette femme qui a réussi à coller une chansonnette du style « farandole & sardane » dans une histoire judiciaire du genre « Huit clos ». Bravo l’artiste !

   Peut-être que le souvenir le plus précis réside dans les odeurs. L’odeur de l’encre violette dont on remplissait les encriers de porcelaine enchâssés dans les bureaux, ou l’odeur du poêle l’hiver. D’octobre à avril un élève, parmi les grands, était désigné pour allumer le seul chauffage qui trônait au milieu de la salle de classe. Il me semble que la rotation du préposé se faisait toutes les semaines et la tâche consistait à démarrer le feu avec des « souquets » coupés en petits bois, puis à garnir le poêle avec du charbon que l’on transportait avec un seau. Le charbon, sous forme de « boulets » de la grosseur d’un œuf, était livré une fois par an et mis en tas sous le préau de l’école. Quant aux « souquets » c’étaient des tronçons de sapin d’une vingtaine de centimètres. Ce bois servant à renforcer les galeries de la mine était débité après sa mise au rebut puis donné aux mineurs qui le recevaient comme avantage en nature.

   Un autre évènement marquant qui reste précis bien que désagréable, est sans conteste : l’entraînement à la lecture. Madame Molina jugeant ma dextérité dans ce domaine insuffisante a convoqué mes parents pour leur signifier cette carence et leur conseiller des exercices de lecture journaliers. Pour mettre en œuvre les actions correctives, ma mère s’est procuré « La case de l’oncle Tom » et tous les soirs je devais lire à haute voix une page du best-seller. J’ignore combien de temps le calvaire a duré, mais ce dont je suis sûr c’est de n’avoir jamais terminé la lecture et surtout de n’avoir jamais eu envie de connaître la fin. On se demande encore pourquoi je lis peu ?

   J’avais presque 12 ans quand j’ai quitté l’école de Caunas en 1956 dans les conditions qui sont décrites précédemment à la page consacrée au décès de Jean-Marie.

PHOTOS DE CLASSE

1950 (cliquez...)

1953 (cliquez...)

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