1944, Hemingway parachuté sur Lunas...

   A Lunas, il se raconte qu’en mai 1944, Hemingway a été parachuté sur le plateau du Pioch. Certaines personnes sont persuadées que le futur prix Nobel a foulé le sol de la commune avant de rejoindre la Normandie : il assurait alors la fonction de correspondant de guerre pour le journal Collier’s. 

   C’est René Ribot, (1918-1994) du maquis Bertrand cantonné au château de Cazilhac qui réceptionna l’Américain. J.G Bonafé a recueilli le témoignage de sa veuve (décédée en février 2012).
Une nuit, René attendait le parachutage d’hommes sur le plateau au-dessus de Dio. Ces largages, annoncés par le message codé envoyé de Londres « le pilote a disparu », s’effectuaient entre minuit et 2 heures du matin. C’est ainsi qu’il réceptionna deux Américains : Hemingway qui atterrit avec cannes à pêche, moulinets, boîte de mouches… et un certain Jimmy. Il les mena au hameau de Gours où ils furent hébergés. Le lendemain, il les accompagna au Clapier où se trouvait le QG du colonel Leroy. Pour se faire « oublier », René Ribot partit en mission au maquis de Léon Freychet, près de Saint-Affrique, pendant quelques semaines.
De 1941 à 1948, les époux Ribot gérèrent le Grand Café du Bousquet-d’Orb puis l’Hôtel du Nord de 1968 à 1980.
Vers 1970, au cours d’un bref séjour, Hemingway vint saluer René.

   Sur un poster en couleurs (60 sur 40 cm), conservé par madame Ribot, figure une jeune femme vêtue d’un pantalon et d’un blouson en jean largement échancré. On peut y lire une dédicace en anglais, signée « Margaux » pouvant se traduire par : « A René Ribot, l’homme qui a sauvé mon père. Beaucoup d’amour et de joie».

   Ce document éclaire d’un jour nouveau un pan d’histoire locale : Margaux est la fille de Jack Hemingway et la petite-fille d’Ernest Hemingway. C’est donc Jack qui arriva sur le Pioch en mai 1944 et non le célèbre écrivain !

 

  John Jack Hadley Nicanor Hemingway, naît à Toronto, au Canada en octobre 1923. Il est le seul enfant du premier mariage d’Ernest Hemingway avec Hadley Richardson. C’est en hommage au matador espagnol Nicanor Villalta, que son père, aficionado, lui donne l’un de ses prénoms. Appelé « Bumby » par ses proches, il passe ses premières années entre l’Autriche et la France où il fréquente, à Paris, L’Ecole Alsacienne. Jack a 5 ans lorsque ses parents se séparent. Mis en pension, il ne rencontre son père que lors des vacances d’été. Très tôt, celui-ci l’initie à la pêche qui devient une passion partagée et l’envoie parfois dans un ranch du Montana où ils se retrouvent pour des parties de chasse.
   Il poursuit ses études à l’université du Montana et au collège de Dartmouth mais les abandonne pour rejoindre son père à Cuba et lui faire part de son désir de s’engager dans l’armée ; incorporé dans la police militaire, grâce à l’influence de son père, il rejoint l’unité de renseignements de l’OSS (Office of Stratégic Services), ancêtre de la CIA, qui opère derrière les lignes ennemies. Sa formation, sa connaissance de plusieurs langues et son excellente condition physique lui permettent d’accéder rapidement au grade de capitaine.
Jack a 20 ans lorsqu’il est parachuté dans l’Hérault, chargé d’aider la Résistance dans la collecte de renseignements et l’organisation de sabotages, préparant ainsi le futur débarquement allié. En digne fils d’Ernest, il arrive sur le sol français avec son matériel de pêche !
   En octobre 1944, on le retrouve dans la 7ème armée américaine du général Alexander Patch, au sein d’une unité de l’OSS où sont également incorporés des résistants français. Cette armée, après son débarquement en Provence, remonte vers le nord. Au cours d’une mission de reconnaissance dans les Vosges, il est blessé près de Belfort par des soldats de la 19ième armée allemande du général Wiese et fait prisonnier. Un lieutenant autrichien, admirateur de l’œuvre de son père, le dirige alors vers un hôpital alsacien. Guéri, il est incarcéré au camp de Moosberg jusqu’à sa libération, en avril 1945.
Après la seconde guerre mondiale, on le retrouve agent de sécurité en poste à Berlin puis officier de liaison au 3ème corps d’armée française à Fribourg. Il est décoré de la Croix de guerre et termine sa carrière militaire comme officier du renseignement en Caroline du Sud.

   Revenu à la vie civile, il exerce successivement le métier d’agent de change et de vendeur d’articles de pêche avant de se consacrer à l’écriture. Il s’attache alors à terminer l’autobiographie de son père qu’il publie en 1964 puis rédige ses souvenirs dans « Misadventures of a fly fisherman : my life with and without Papa ».

   En juin 1949, il épouse Byra Louise « Puck » Whittlesey. Trois filles naissent de cette union :
- Joan en 1950, surnommée « Muffet », étudie à Paris notre langue et la cuisine. Elle est l’auteur du roman « Rosebud ». Elle a épousé le restaurateur français Jean Desnoyer.
- Margaux, née en 1954, est actrice (elle a joué dans 18 films) et mannequin (en 1975, égérie d’un parfum pour Fabergé, son contrat d’un million de dollars en fait l’un des mieux payés au monde !). Elle apparaît en couverture de Vogue, Cosmopolitan, Time, Play Boy… Problèmes d’alcoolisme et dépressions nerveuses l’amènent au suicide par absorption de barbituriques le 1er juillet 1996, veille du jour anniversaire de celui de son grand-père Ernest, en 1961.
- Mariel Hadley née en 1961, est actrice. A 17ans, sa prestation dans « Manhattan », film de Woody Hallen, la fait nominer, en 1980, aux Oscars du meilleur second rôle féminin.

   Jack Hemingway, après avoir recherché, jusqu’en Norvège, les cours d’eau où l’on peut capturer le saumon, devient un fervent défenseur de la nature en travaillant à la protection des milieux et espèces menacés.

   Cardiaque, il est décédé en décembre 2000 de complications postopératoires.

(article de Jeannine et Lucien Osouf, paru dans le numéro 43 de la revue Etudes héraultaise numéro 43 de 2013 pages 236 et 237)

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