Le Château de Dio au milieu du XIXe siècle...

   En février 1861, Louis LUGAGNE de Lodève, membre correspondant de la Société Archéologique de Béziers, signe dans le journal "le Publicateur de Béziers", un article qu'il dédie à l'abbé Soupairac, curé de Dio et Valquières. En voici de larges extraits concernant le château de Dio.

   " A l’extrémité ouest d’un petit mamelon qui se rattache è la chaîne volcanique de l’Escandorgue, se trouve assis l’ancien château de Dio (Diano, Die et actuellement Dio) dont les derniers seigneurs étaient les descendants de la famille de l’illustre cardinal de Fleury. En effet nous trouvons, en l’année 1620, Pierre de Fleury, seigneur de Dio, en 1661, Jean de Fleury, écuyer seigneur de Dio et père du cardinal, et Henry, seigneur de Dio, Valquières, Vernazobres et Prades, qui testa, en 1713, et mourut sans postérité.

   Il est rapporté qu’en l’année 1513, noble Pierre de Roquefeuil et Agnelle Maffrege, sa femme, et dame de Villecun, donnèrent tous leurs biens au chapitre de Lodève. Cette dernière devait être issue de la famille des seigneurs de Dio, puisque, en vertu de cette donation, le chapitre devint possesseur des droits seigneuriaux que la dame Agnelle Maffrege possédait sur tout ou partie de la seigneurie de Dio, et qu’il les aliéna plus tard à un seigneur de cette localité, moyennant une pension annuelle de quarante livres. Le chapitre de Lodève, comme héritier, devait accorder aux pieux donateurs le droit de sépulture, dans la chapelle de la Nativité du Sauveur, de l’église cathédrale de Lodève, et célébrer, à perpétuité, des messes à leurs intentions.

   L’existence de cet antique manoir  est constatée depuis plus de treize siècles, puisque, en l’année 532, Théodébert, roi d’Austrasie, en fit le siège en même temps que celui de Cabrières.

   De nos jours, les habitants de Dio, ne paraissent pas se préoccuper de ces vestiges, qui ont pourtant jeté un certain éclat sur leur localité et en ont, pour ainsi dire, immortalisé le nom. Absorbés sous le poids de leurs pénibles travaux, parmi les ravins ou sur les pentes abruptes des montagnes rocailleuses dont leur pays se trouve hérissé, ils ne songent guère à conserver le vieux manoir que le temps a encore respecté ; au contraire, ils creusent jusques dans ses fondements, et cherchent, dans l’escarpement des épaisses murailles, à se ménager un abri pour leur famille ou pour leurs troupeaux. Aussi, par suite de ces affouillements successifs, la solidité de cet édifice a-t-elle été compromise : à savoir même si un jour il ne s’abîmera pas sur ceux qui y ont cherché refuge.

   C’est au-dessus de quelques habitations aux murs noirâtres et d’un aspect assez triste, que s’élève avec une certaine majesté le château de Dio, dont les bâtiments, protégés au midi et au levant par un mur très élevé, forment avec celui-ci, une cour de peu d’étendue, et dans laquelle on pénètre par une large porte à plein cintre, très insignifiante, pratiquée à l’aspect du levant. Au-dessus de cette porte on voit, enchâssé dans le mur, un bloc de marbre blanc, où l’on avait probablement gravé le blason du seigneur ; mais l’état de vétusté dans lequel il se trouve ne permet pas de reconnaître ce que l’artiste y avait représenté. Du côté du midi, le mur était couronné par une galerie aujourd’hui bien délabrée et qui a pu servir autrefois aux assiégés pour la défense du château.

   Dans la cour, on remarque une assez belle façade dans le style de la Renaissance ; elle est toute en pierre de taille et percée de trois rangs d’ouvertures surmontées de corniches et accolées de pilastres. Toutes ces ouvertures sont rectangulaires, à l’exception de celles qui occupent la partie supérieures de la façade dont les dimensions sont beaucoup plus petites et de forme cintrée.

   La porte qui donne accès dans l’escalier du château occupe l’angle formé par les deux corps de bâtiment. Elle n’est ni large ni élevée, cependant l’ornementation en est assez riche ; de nombreuses moulures entourent le portique tracé entre deux pilastres cannelés, à chapiteaux ioniques, supportant un entablement décoré de triglyphes et couronné d’un fronton triangulaire relevé à son extrémité en forme d’accolade. Le peu de développement de cette porte ne correspond ni aux dimensions de l’escalier ni à l’étendue des appartements, lesquels sont généralement conçus dans des proportions assez vastes et grandioses.

   L’escalier est bâti d’après le même ordre d’architecture que la porte ; il est spacieux, commode et construit de beaux matériaux. Sur les paliers, la retombée des arceaux s’appuie tantôt sur de pilastres, ornés de volutes et d’oves, et tantôt sur de simples chapiteaux ioniques en forme de console.

   Au rez-de-chaussée du château nous avons remarqué, dans une grande pièce servant autrefois de cuisine, le chambranle en pierre de taille, orné de moulures, d’une immense cheminée dont le foyer occupait toute la largeur de la pièce. L’état complet de délabrement de cette cheminée annonce une ruine prochaine.

   En examinant à l’intérieur le château de Dio, il est très difficile de se rendre compte de la destination première de certains appartements comme aussi de leurs formes primitives, tant ils ont subi, sous l’action des propriétaires actuels, de complètes transformations. Nous avons pu encore découvrir, malgré leur état de dégradation, quelques restes de peintures qui embellissaient certains plafonds, et c’est principalement sur les poutres que ces peintures ont le plus résisté aux ravages du temps. Les dessins les plus apparents consistent en arabesques gracieuses entremêlées d’aigles. Ce genre d’ornements paraît être à peu près contemporain du règne de François 1er.

   Du côté méridional, on aperçoit deux fenêtres géminées à plein cintre, actuellement bouchées. La firme de ces ouvertures paraît se rapprocher à la fin du XIe siècle ou à la première moitié du siècle suivant. La colonne romane qui supporte la retombée des arcs est surmontée d’un chapiteau bien ouvragé, orné de têtes humaines et de feuillages gracieusement dessinés. La place occupée par ces deux fenêtres démontre évidemment que le château de Dio a été plusieurs fois l’objet de certains remaniements, puisque les ouvertures dont il est question ici se trouvent aujourd’hui en dehors des bâtiments que nous avons déjà énumérés ; elles sont en même temps les vestiges les plus anciens que nous ayons observés dans les constructions du château. D’autres fenêtres en forme de croix, et d’une époque moins reculée que les précédentes, sont percées çà et là, elles sont pour la plupart une œuvre des XVIe  ou XVIIe siècles.

   Sur le flanc occidental existe un avant-corps d’un mètre environ de saillie, supportant un grand arc ogival qui s’élève à la hauteur des toits. Cette construction ferait supposer que la porte principale du château aurait existé sous cette arcade, ou bien que cet ouvrage n’a été élevé que pour rompre la monotonie des murailles.

   On rencontre sur les pointes escarpées du rocher où se trouve bâti le château, de nombreux vestiges de fortes murailles et d’anciennes tours carrées, le tout ayant dû servir à la défense de cette place. Ces tours, que l’on a affectées depuis à des usages domestiques, ont perdu tout leur caractère, et leurs créneaux ont disparu sous le toit rustique qui les recouvre.

   En résumé, !’antique demeure des seigneurs de Dio offre encore au touriste et à l’archéologue des vestiges intéressants à étudier, et s’il ne peut, parmi les débris épars qui jonchent le sol, retrouver un reste de château mémorable du VIe siècle, il pourra toutefois jouir de l’effet pittoresque que produit encore le vieux manoir considéré du côté du midi. En effet, la longue série de mâchicoulis qui couronnent au sud et à l’ouest ses hautes murailles, les créneaux percés de meurtrières, les gracieuses tourelles suspendues aux angles des murs avec leurs petits dômes de pierre, et la grande inclinaison du toit principal avec ses tuiles brillantes et ses hautes cheminées, forment tout à la fois un ensemble plein d’originalité et de charme."

Les 2 dessins sont d'Albert Fabre (1845-1919) réalisés le 8 octobre 1879 (source : archives départementales de l'Hérault)

 

(J & L Osouf décembre 2024

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